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Le verbe des astres
Origine et histoire de l'astrologie
Suite : chapitres IV - V - VI
Cette série sur l'histoire de l'astrologie est rédigée par 
Robert Dürrenberger
Astrologue-Consultant RH
à l'intention du Journal de Morges 
 

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Le Verbe des Astres - Chapitre IV

Ami lecteur, 

Rappelons que le fameux Tetrabiblos de Claude Ptolémée fut édité en 140 de notre ère, soit au IIe siècle. La secte des Chrétiens se développe, convertit le nombre et devient si puissante qu’elle finit pas s’imposer à Rome. Savez-vous que tous les Empereurs romains avaient leur astrologue personnel, comblé de richesses par Vespasien, Titus, Domitien. Ce dernier par exemple connaissait fort bien l’astrologie et un autre empereur, Alexandre Sévère, fonda des bourses pour les étudiants se consacrant à l’Art. Les chaires dans les Hautes Ecoles sont rétribuées par l’état. 
L’époque est à la décadence de l’empire. A côté des astrologues sérieux prolifère une foule de charlatans qui s’adressent au peuple ignorant. Du côté de l’église, de nombreux docteurs et nombre d’évêques étudient et pratiquent l’astrologie. Mais d’autres docteurs veulent imposer la notion et le sentiment du péché originel qui enlève à l’homme sa responsabilité 
Mais souvenons-nous : les trois Rois Mages venus d’Orient ont observé une étoile étrangement lumineuse et l’ont suivie jusqu’à la crèche. Dès le début, l’astrologie est présente dans la vie du Christ. Les recherches astronomiques montrent qu’à cette époque eut lieu une conjonction des planètes Jupiter et Saturne, Uranus étant dans le voisinage. Ce qui explique cet éclat unique qui correspond aux textes. Mais les mages ont été fortement discutés par la suite. Pour Saint Jean Chrysostome, ils n’étaient pas trois, mais bien une douzaine. Ce n’est qu’au VIe siècle que l’on parla d’eux comme Rois, et  les noms que nous connaissons leurs auraient été  donnés au VIIe siècle par un moine anglo-saxon, Bède le Vénérable, selon les sources consultées. 
Philon le Juif, qui vécut à Alexandrie peu après la mort du Christ, pourfend les astrologues qui voudraient soumettre la création aux mouvements célestes. Mais d’un autre côté, il considère les étoiles comme des corps divins et prétend que l’on peut prédire les grandes secousses terrestres par leur observation, et bien d’autres événements encore. 
Le Syrien Bardesane, avec son Dialogue à propos du Destin, a laissé un excellent portrait de ce que devaient penser de l’astrologie les chrétiens des premiers siècles. Des siècles de tradition renforçaient l’intérêt porté par la majorité à la question. Bardesane aborde le sujet sous un angle pragmatique : à l’évidence, les planètes rayonnent une certaine énergie, mais celle-ci leur a été octroyée par le Créateur des Mondes et reste donc soumise à sa volonté. L’influence des astres est donc tempérée par le libre-arbitre dont bénéficient les hommes (pour autant qu’ils soient vraiment libres, nous aurons l’occasion de revenir sur ce problème passionnant qui engage toute notre présence au monde) 

Au Ve siècle de notre Ère, un texte latin traduit du grec apparaît: Le "Liber Hermetis".  Tout y est :  les 360 ° , les 12 signes du Zodiaque de 30 degrés chacun, divisés en trois décans. Signification des planètes dans les signes, astrologie médicale, relation des planètes avec les plantes, les métaux, les parties du corps et ses organes. Apparition de l'homme microcosme en relation avec l'Univers macrocosme.Toute cette science étant attribuée à Hermès Trismégiste, auteur de la Table d'Emeraude : "Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas..." Dans la même période de temps, le plus grand adversaire de l’Astrologie parmi les docteurs de l’Eglise, Saint-Augustin, se manifeste par une série d’écrits virulents dont nous parlerons dans nos prochaines colonnes. 

A suivre
Robert Dürrenberger  Astrologue-Consultant RH
IV / Journal de Morges 12 mai 1998
 


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Le Verbe des Astres - Chapitre V

Avec le temps magnifique et quasiment estival que nous offre Dame Nature, avez-vous, ami lecteur, levé les yeux au ciel vers cette voûte étoilée qui nous parle d’espaces vertigineux, encore à conquérir, au sein desquels notre vaisseau terrestre, la planète Terre, poussière parmi les poussières d’étoiles, poursuit sa route vers un destin qui appartient aux plus profonds mystères de l’univers. Vous aurez admiré la vespérale Vénus lorsqu’elle est étoile du soir, ou l’alchimique annonciatrice de la résurrection du Soleil, la Vénus de l’aurore. Votre âme sensible aura rêvé de voyage en suivant la tranche de notre galaxie, la Voie lactée, qui indiquait au pèlerin la route de Compostelle, le champ des étoiles. 

La véritable astrologie est en prise directe avec le « sens » que chacun cherche à donner à sa vie. L’image dévoyée qu’en donne notre société n’est pas nouvelle, déjà au temps de Rome, les voyants et autres diseurs de bonne aventure se prétendant astrologues fleurissaient au sein de la société décadente. 

Comme nous l’avons vu, des hommes d’Eglise de Rome s’élevaient contre ces pratiques, mais ils oubliaient de séparer l’ivraie du bon grain. Saint-Augustin est considéré comme le plus grand adversaire de l’astrologie. Né en Numidie d’une mère profondément chrétienne, il fut d’abord manichéen avant de se convertir. C’est dans sa « Doctrine chrétienne » qu’il porte à l’astrologie ses coups les plus puissants. Mais comme presque tous les détracteurs, il a oublié d’étudier sérieusement l’objet de ses attaques et la plupart de ses objections se fondent sur une mauvaise appréciation de la nature de la  théorie de l’astrologie qui nous occupe, art sacré de la connaissance des hommes et de leur appartenance à l’univers, sans aucune opposition à l’idée d’un Dieu unique. 

Heureusement, quelques grands savants chrétiens refusèrent de se laisser impressionner par les écrits de Saint-Augustin. Ce fut le cas de Julius Firmicus Maternus, contemporain de Saint-Augustin. Dans son ouvrage Mathesis  composé vers 354, il expose un à un les arguments des adversaires de l’astrologie et les démonte avec intelligence. Il accepte la doctrine du libre-arbitre tout en trouvant difficile d’admettre que les astres ne soient que des ornements du ciel. Il puise avec efficacité et justesse dans les sources antérieures et son ouvrage va demeurer une référence et une mine d’arguments intelligents pour les théologiens et les astrologues chrétiens des siècles suivants. 

A suivre 
Robert Dürrenberger  Astrologue-Consultant RH
V / Journal de Morges  9 juin 1998
 
 

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Le Verbe des Astres - Chapitre VI
Dans notre dernier chapitre, nous avons vu que Saint-Augustin, considéré comme le plus grand adversaire de l’astrologie, n’empêchait pas d’autres érudits de poursuivre leurs études et d’apporter leur pierre dans la connaissance de cet art. 

Il faut rappeler que dès la chute de l’empire chrétien de Rome, l’astrologie connut un très grand essor parmi les érudits orientaux et arabes.. Ces derniers traduisirent tous les vieux textes et créèrent des foyers lumineux de connaissance et d’étude. Le Caire, Alexandrie, Kairouan et Bagdad surtout où les califes abassides amassaient des trésors de culture dans leurs grandes bibliothèques. L’astrologie arabe avait puisé dans des sources aussi éloignées que l’Inde et la Chine, la Perse, l’Egypte et la Grèce, et Rome bien sûr. La collection qui comptait des quantités d’ouvrages prestigieux, dont des traductions du Tetrabiblos destinées à l’usage public, était pratiquement achevée vers 850. 

Guillaume de Conches, vers cette époque, fut un grand voyageur et finit par s’introduire à la cour de Geoffroy Plantagenêt, où il devint précepteur du jeune Henry, futur Henri II d’Angleterre. Guillaume fait une tentative intéressante d’explication des différences entre astronomie et astrologie. Les grands savants, dit-il, ont trois manières de parler des planètes : la façon fabuleuse, la façon astrologique et la façon astronomique. Ceux que les fables intéressent interprètent les mythes grecs comme relevant de l’astronomie. Les astrologues traitent les phénomènes selon leur apparence, quelle que soit leur réalité, alors que les astronomes s’occupent de la réalité des choses, quelle que soit leur apparence. 

Guillaume ne pousse pas plus loin son argumentation, mais il ne semble pas vouloir dénigrer l’astrologie, car il cite même Platon, à faux semble-t-il, pour étayer sa théorie sur l’influence des astres sur le corps humain. « Les astres selon lui chauffent l’atmosphère qui à son tour chauffe l’eau laquelle forme l’ingrédient principal dans la composition du corps des animaux, des plantes et de l’homme. A travers l’eau. les planètes influencent donc chaque être vivant. » Il dresse la liste des planètes, de leurs influences et qualités et avance diverses théories pour expliquer ces analogies. Les raisons qu’il expose sont aussi bien pratiques que symboliques. 

Le roi d’Angleterre Henry II , dont Guillaume avait été le précepteur,  se prit d’un tel intérêt pour l’astrologie qu’il se fit le protecteur d’Aben Ezra, rabbin de Tolède qui vint en Angleterre en 1158. Aben-Ezra donna des conférences dans l’Europe entière et occupa semble-t-il la chaire d’astrologie de Bologne. 

Restons en Angleterre pour parler de Michael Scot, astrologue écossais, qui lors de sa mort en 1230 était l’astrologue attitré du maître du Saint Empire romain, Frédéric II. On rapporte de lui cette amusante anecdote qui terminera notre chapitre d’aujourd’hui : « Désireux d’éprouver l’astrologue qui lui offrait ses services, l’Empereur  demanda : par quelle porte quitterai-je aujourd’hui mon château ? Scot écrivit sa réponse , la  scella et la remit à l’Empereur en le priant  de ne l’ouvrir qu’une fois dehors du château. Frédéric fit alors pratiquer une ouverture dans la muraille et sortit par celle-ci. Une fois dehors, il décacheta le message et il lut alors :   L’empereur sortira aujourd’hui par une nouvelle voie  ! » 
L’astrologue Michael Scot fut immédiatement engagé. 

à suivre
Robert Dürrenberger Astrologue-Consultant RH
VI / Journal de Morges  26 juin 1998


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